Archive pour mars 2009

Last date

21 mars 2009

dolphy_last_date

Aujourd’hui j’ai acheté et écouté « Last date », le dernier concert enregistré d’Eric Dolphy, à Hilversum en Hollande le 2 juin 1964 (il mourra le 29 juin). Je suis bouleversé non seulement par un Dolphy génial, accompagné par un très bon groupe (Misja Mengelberg, Jacques Schos et Han Bennink), mais aussi par cette phrase très simple qu’il lâche à la fin de Miss Ann, le dernier morceau: « When you hear music, after it’s over it’s gone in the air. You can never capture it again. »

J’ai toujours été fasciné par cet immense musicien, par son jeu infini. Quand il joue, pas de début, pas de fin, on entend seulement une tranche, un fragment de sa musique pris sur l’eternité.

Rien, tout, puis rien.

Présente, insaisissable dans nos mains passoires, sa musique joue encore et encore après sa mort.

Elle est le présent.

Publicités

Le temps retrouvé

14 mars 2009

“Il est arrivé une grande chose cette nuit. C’est une grande nouvelle […] Cette nuit, j’ai mis le mot « fin »[…]. Maintenant je peux mourir […]. Mon œuvre peut paraître. Je n’aurai pas donné ma vie pour rien.”

Marcel Proust à Céleste Albaret

Fin Proust

http://expositions.bnf.fr/brouillons/expo/3/fini.htm

Fin, silence et public

8 mars 2009

La fin de la musique correspond-t-elle à la fin du son ?

Aujourd’hui, dans la musique savante occidentale, le silence qui suit la fin est presque sacré. Les premiers applaudissements commencent après le dernier son du dernier mouvement, le silence entre les mouvements étant en général respecté.

Dans la musique classique indienne, en revanche, la fin d’une pièce ne correspond pas forcément à la fin du son, le tampura continue souvent à sonner, les spectateurs applaudissent, l’instrumentiste peut s’accorder immédiatement afin d’enchaîner sur la pièce suivante, sans qu’il y ait eu un seul instant de silence.

Et, dans beaucoup d’autres musique n’ayant pas le cérémonial de la musique classique occidentale, il peut arriver que les spectateurs applaudissent avant la fin du son. Dans ces cas là, c’est comme si le public « décidait » de la fin du morceau. Cela veut dire bien-sûr que précédemment l’orchestre à envoyé des signaux forts aux spectateurs lui annonçant la fin, en arrêtant le tempo ou en résolvant le dernier accord par exemple. Le public ne propose en effet pas une fin tout seul, bien que cela puisse arriver (ça peut être de la faute de l’orchestre). La fin de la musique, pour le public dans ce cas, ne correspond pas à la fin du dernier son, mais à une sorte de dénouement du son. La tension liée au tempo, à la forme, au chemin harmonique et mélodique, se relâche. Le public, comprenant ce phénomène, se met alors à applaudir, dans une sorte d’accord tacite avec les musiciens. Malgré tout on peut estimer que la vrai détente pour le spectateur a lieu une fois que les musiciens se sont vraiment arrêtés de jouer, à ce moment là les applaudissements sont alors plus nourris, plus assumés. Les applaudissements avant l’arrêt du son sont peut-être des sortes d’anticipations dus à l’impatience du public, à son désir de participer à la fin, de se l’approprier, à son enthousiasme qu’il ne peut contenir, ou qu’il a le droit de ne pas contenir…

En effet, on parle ici de musiques où, contrairement au monde de la musique « classique », le silence du public n’est pas un principe sacré, et où le spectateur peut applaudir au cours d’un morceau, après un solo, pendant un solo, avant la fin, il peut crier, encourager, huer ou siffler. Il arrive bien qu’un orchestre de musique dite savante, se fasse huer, par le scandale que provoque l’audace de l’œuvre ou de la mise en scène (on pense à la fameuse première du Sacre du Printemps de Stravinsky, ou à celle de Déserts de Varèse). Mais si, aujourd’hui, un spectacle de musique savante peut se faire huer en cours d’exécution, il est très rare qu’il se fasse applaudir ou encourager pendant !

Cela n’a pourtant pas toujours été le cas… dans les représentations d’opéras en Italie au XIXe siècle par exemple, les usages étaient tout autres : les spectateurs pouvaient aller et venir, entrer et sortir (les plus riches avaient pour habitude d’arriver en retard), bavarder, les grands airs étaient applaudis, certains amenaient avec eux des tomates pourries ou des fleurs à lancer aux artistes… la manière d’écouter la musique et le cadre du spectacle n’ont cessé de changer à travers l’histoire, la perception de la fin n’est en aucun cas une notion fixe.

I heard it over the radio

5 mars 2009

J’ai assisté aujourd’hui à une conférence sur le thème des droits d’auteurs. Le maître de conférence évoquait le fait que les radios bafouaient très souvent l’intégrité des œuvres diffusées en coupant avant la fin, en parlant par dessus, ou en lançant le morceau suivant en fondu enchaîné.

On peut se poser la même question à propos des lecteur mp3 qui proposent des programmes permettant d’enchaîner les morceaux aléatoirement, souvent en fondu enchaîné. L’auditeur consomme ainsi chacun des morceaux sans pouvoir vraiment l’isoler formellement, et l’apprécier dans son entièreté, le silence étant supprimé. Ce fond musical permanent est sensé imiter le flot ininterrompu de musique qu’un DJ crée dans une boîte de nuit (j’évoquerai la musique des DJs dans un prochain billet) mais avec des morceaux s’enchaînant sans aucune logique autre que le hasard programmé. On trouve cette suppression du silence dans la radio (son ininterrompu) et la télévision (son et images ininterrompus). Les programmes télé ou radio sont sans fin…

Peut-on apprécier une œuvre sans le silence qui précède, et qui suit ? La célèbre citation de Sacha Guitry : «Quand on a entendu du Mozart, le silence qui suit est encore du Mozart.» que l’on sert à toutes les sauces, n’est pas anodine…

(je voulais mettre la fin du morceau « I heard it over the radio » d’Ornette Coleman, mais je n’y suis pas arrivé…)

Et toi, t’as aimé ?

3 mars 2009

Couramment  entendu :

« J’ai bien aimé la fin »

« J’ai bien aimé sauf la fin »

« C’était trop court ! »

« On reste sur notre faim »

« J’ai pas compris la fin »

« C’est bien quand ça s’arrête »

« C’est dommage, la fin est ratée ! »

……

Dans le jugement du spectateur au sortir d’un spectacle, un concert, une séance de cinéma, etc. la fin semble posséder un statut particulier. Dans sa critique, le spectateur sépare souvent l’œuvre de sa fin. On peut aimer l’une et pas l’autre.  Le spectateur participe activement aux fins en applaudissant ou pas, en criant, huant ou faisant silence.  Si l’œuvre appartient à son auteur, la fin semble parfois appartenir aux spectateurs.

D’autre part, la fin est ce qu’il y a de plus proche dans sa mémoire, quand il sort il en est encore marqué. Son avis peut être conditionné par cette fin. Comme il est difficile de pouvoir voir la forme entière de l’œuvre quand elle vient juste de se finir, la fin peut modifier son jugement de l’œuvre entière.

Pour ma part, j’essaie d’éviter de formuler un avis immédiat en sortant d’un spectacle. Peut-être qu’il me faut le temps de me remémorer l’œuvre dans sa durée pour ne pas que ma mémoire favorise le passé proche, et donc la fin. Comme si l’œuvre se redéroulait à l’envers, précisant sa forme. C’est seulement après cette digestion, que j’arrive à interpréter un peu, et donc mettre mes mots. J’aime garder indescriptibles mes premières impressions, jusqu’à ce que la raison me rattrape. Je laisse se diluer en moi mes émotions instantanées, appréciant la richesse de l’instant.

commencer

2 mars 2009

fin-villa-santo-sospir

Ce blog est un entrepôt d’idées sur et autour de la fin musicale.