Archive pour avril 2009

Prévenir la fin

8 avril 2009

L’artiste joue parfois avec l’attente du spectateur, il le fait tourner, l’emmène, dans une danse, là où il y a peut-être fin, là où il n’y en a peut-être pas. Fausse piste de danse. Seule la fin elle-même vient en certitude et, qu’elle prévienne ou pas, elle est toujours un miracle. Elle vient arracher le doute sur sa possible existence. Non pas que les danseurs croient un moment donné pouvoir échapper à leur sort, ils attendent au contraire ensemble de voir la manière dont ils vont pouvoir se réceptionner, jetant des coups d’œil autour d’eux, tout en étant vifs et fluides, au cas où il percuterait quelque obstacle, anticipant leur chute, bien qu’ils connaissent cette chute, bien qu’ils l’aient expérimentée. Ils redoutent la fin comme quelque chose dont ils connaissent l’existence mais qu’ils ne peuvent prévoir précisément. Bien sûr, on est parfois tellement accompagné, proprement mené, que la chute se fait sans égratignure, qu’on touche le sol sans avoir eut l’impression de l’avoir quitté. On est mort-né, on est un bébé tout propre qui n’a rien vu, qui n’a rien absorbé, rien vomi, et qui meurt. Bien sûr parfois on connaît une œuvre d’un bout à l’autre, pour l’avoir entendue mille fois. Mais dans tous les cas, lors de la fin, on fait l’expérience du présent. La fin interrompt, et cette interruption arrive ici et maintenant. Même l’artiste – qui en théorie décide de l’instant final, son « ici », son « maintenant » – ne semble qu’ouvrir la possibilité d’un « maintenant» et d’un « ici » qui demeurent indéterminés et imprévisibles. Il conceptualise la fin, il la projette, mais il ne la commande pas. La fin trouve son point d’insertion dans l’espace et dans le temps. La fin est un événement qui a lieu.

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