Archive pour juin 2009

voir venir

7 juin 2009

Pourquoi, quand je lis, quand j’écoute un disque, quand je vois un film chez moi, il m’arrive de regarder combien de pages il me reste à lire, combien de minutes il reste à s’écouler ? Ce geste répond à une sorte d’angoisse de la durée, car c’est souvent pris d’une curiosité incontrôlable que je m’en vais regarder ce qu’il me reste à voir, à lire, à écouter. Je suis à chaque fois surpris par cette envie qui ne s’explique pas toujours par un manque de temps, mais parfois par une sorte d’impatience qui me déplaît surtout pour ce qui concerne l’art. Cette attitude de consommateur que je trouve parfois chez moi me terrifie, et elle est totalement absente quand j’écoute de la musique en vrai ou quand je vais au cinéma, où la je ne peux voir (à part par ma montre) ce qu’il reste comme temps, je m’en trouve alors libéré. Je n’imagine pas qu’elle horreur serait le monde si tout ce qui est limité étais soumis à un compte à rebours visible de tous. L’incertitude du temps qu’il reste me semble une composante essentielle de l’appréciation de l’instant. Pour la lecture, expérience tactile, la durée se sent entre nos mains par l’épaisseur du papier, à gauche la durée écoulée, à droite ce qu’il nous reste (ou l’inverse), on peut ainsi savoir ce qu’il nous reste à parcourir, voire même commencer par la fin et tout lire à l’envers si ça nous chante. J’éprouve souvent des difficultés à lire la fin d’un livre, car voir cette espace blanc monter rapidement dans le cadrage de mon regard, voir la fin blanche envahir petit à petit mon champ de vision détourne mon attention, il faut alors m’y reprendre plusieurs fois pour goûter l’instant sereinement sans craindre le couperet.

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