Finir la musique

Publié 11 avril 2011 par antonintri
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Pour finir, voici le mémoire « final », fini en 2010, mais qui fera sûrement l’objet de corrections et d’ajouts dans le futur :

Mémoire en pdf

voir venir

Publié 7 juin 2009 par antonintri
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Pourquoi, quand je lis, quand j’écoute un disque, quand je vois un film chez moi, il m’arrive de regarder combien de pages il me reste à lire, combien de minutes il reste à s’écouler ? Ce geste répond à une sorte d’angoisse de la durée, car c’est souvent pris d’une curiosité incontrôlable que je m’en vais regarder ce qu’il me reste à voir, à lire, à écouter. Je suis à chaque fois surpris par cette envie qui ne s’explique pas toujours par un manque de temps, mais parfois par une sorte d’impatience qui me déplaît surtout pour ce qui concerne l’art. Cette attitude de consommateur que je trouve parfois chez moi me terrifie, et elle est totalement absente quand j’écoute de la musique en vrai ou quand je vais au cinéma, où la je ne peux voir (à part par ma montre) ce qu’il reste comme temps, je m’en trouve alors libéré. Je n’imagine pas qu’elle horreur serait le monde si tout ce qui est limité étais soumis à un compte à rebours visible de tous. L’incertitude du temps qu’il reste me semble une composante essentielle de l’appréciation de l’instant. Pour la lecture, expérience tactile, la durée se sent entre nos mains par l’épaisseur du papier, à gauche la durée écoulée, à droite ce qu’il nous reste (ou l’inverse), on peut ainsi savoir ce qu’il nous reste à parcourir, voire même commencer par la fin et tout lire à l’envers si ça nous chante. J’éprouve souvent des difficultés à lire la fin d’un livre, car voir cette espace blanc monter rapidement dans le cadrage de mon regard, voir la fin blanche envahir petit à petit mon champ de vision détourne mon attention, il faut alors m’y reprendre plusieurs fois pour goûter l’instant sereinement sans craindre le couperet.

Prévenir la fin

Publié 8 avril 2009 par antonintri
Catégories : 1

L’artiste joue parfois avec l’attente du spectateur, il le fait tourner, l’emmène, dans une danse, là où il y a peut-être fin, là où il n’y en a peut-être pas. Fausse piste de danse. Seule la fin elle-même vient en certitude et, qu’elle prévienne ou pas, elle est toujours un miracle. Elle vient arracher le doute sur sa possible existence. Non pas que les danseurs croient un moment donné pouvoir échapper à leur sort, ils attendent au contraire ensemble de voir la manière dont ils vont pouvoir se réceptionner, jetant des coups d’œil autour d’eux, tout en étant vifs et fluides, au cas où il percuterait quelque obstacle, anticipant leur chute, bien qu’ils connaissent cette chute, bien qu’ils l’aient expérimentée. Ils redoutent la fin comme quelque chose dont ils connaissent l’existence mais qu’ils ne peuvent prévoir précisément. Bien sûr, on est parfois tellement accompagné, proprement mené, que la chute se fait sans égratignure, qu’on touche le sol sans avoir eut l’impression de l’avoir quitté. On est mort-né, on est un bébé tout propre qui n’a rien vu, qui n’a rien absorbé, rien vomi, et qui meurt. Bien sûr parfois on connaît une œuvre d’un bout à l’autre, pour l’avoir entendue mille fois. Mais dans tous les cas, lors de la fin, on fait l’expérience du présent. La fin interrompt, et cette interruption arrive ici et maintenant. Même l’artiste – qui en théorie décide de l’instant final, son « ici », son « maintenant » – ne semble qu’ouvrir la possibilité d’un « maintenant» et d’un « ici » qui demeurent indéterminés et imprévisibles. Il conceptualise la fin, il la projette, mais il ne la commande pas. La fin trouve son point d’insertion dans l’espace et dans le temps. La fin est un événement qui a lieu.

Last date

Publié 21 mars 2009 par antonintri
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dolphy_last_date

Aujourd’hui j’ai acheté et écouté « Last date », le dernier concert enregistré d’Eric Dolphy, à Hilversum en Hollande le 2 juin 1964 (il mourra le 29 juin). Je suis bouleversé non seulement par un Dolphy génial, accompagné par un très bon groupe (Misja Mengelberg, Jacques Schos et Han Bennink), mais aussi par cette phrase très simple qu’il lâche à la fin de Miss Ann, le dernier morceau: « When you hear music, after it’s over it’s gone in the air. You can never capture it again. »

J’ai toujours été fasciné par cet immense musicien, par son jeu infini. Quand il joue, pas de début, pas de fin, on entend seulement une tranche, un fragment de sa musique pris sur l’eternité.

Rien, tout, puis rien.

Présente, insaisissable dans nos mains passoires, sa musique joue encore et encore après sa mort.

Elle est le présent.

Le temps retrouvé

Publié 14 mars 2009 par antonintri
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“Il est arrivé une grande chose cette nuit. C’est une grande nouvelle […] Cette nuit, j’ai mis le mot « fin »[…]. Maintenant je peux mourir […]. Mon œuvre peut paraître. Je n’aurai pas donné ma vie pour rien.”

Marcel Proust à Céleste Albaret

Fin Proust

http://expositions.bnf.fr/brouillons/expo/3/fini.htm

Fin, silence et public

Publié 8 mars 2009 par antonintri
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La fin de la musique correspond-t-elle à la fin du son ?

Aujourd’hui, dans la musique savante occidentale, le silence qui suit la fin est presque sacré. Les premiers applaudissements commencent après le dernier son du dernier mouvement, le silence entre les mouvements étant en général respecté.

Dans la musique classique indienne, en revanche, la fin d’une pièce ne correspond pas forcément à la fin du son, le tampura continue souvent à sonner, les spectateurs applaudissent, l’instrumentiste peut s’accorder immédiatement afin d’enchaîner sur la pièce suivante, sans qu’il y ait eu un seul instant de silence.

Et, dans beaucoup d’autres musique n’ayant pas le cérémonial de la musique classique occidentale, il peut arriver que les spectateurs applaudissent avant la fin du son. Dans ces cas là, c’est comme si le public « décidait » de la fin du morceau. Cela veut dire bien-sûr que précédemment l’orchestre à envoyé des signaux forts aux spectateurs lui annonçant la fin, en arrêtant le tempo ou en résolvant le dernier accord par exemple. Le public ne propose en effet pas une fin tout seul, bien que cela puisse arriver (ça peut être de la faute de l’orchestre). La fin de la musique, pour le public dans ce cas, ne correspond pas à la fin du dernier son, mais à une sorte de dénouement du son. La tension liée au tempo, à la forme, au chemin harmonique et mélodique, se relâche. Le public, comprenant ce phénomène, se met alors à applaudir, dans une sorte d’accord tacite avec les musiciens. Malgré tout on peut estimer que la vrai détente pour le spectateur a lieu une fois que les musiciens se sont vraiment arrêtés de jouer, à ce moment là les applaudissements sont alors plus nourris, plus assumés. Les applaudissements avant l’arrêt du son sont peut-être des sortes d’anticipations dus à l’impatience du public, à son désir de participer à la fin, de se l’approprier, à son enthousiasme qu’il ne peut contenir, ou qu’il a le droit de ne pas contenir…

En effet, on parle ici de musiques où, contrairement au monde de la musique « classique », le silence du public n’est pas un principe sacré, et où le spectateur peut applaudir au cours d’un morceau, après un solo, pendant un solo, avant la fin, il peut crier, encourager, huer ou siffler. Il arrive bien qu’un orchestre de musique dite savante, se fasse huer, par le scandale que provoque l’audace de l’œuvre ou de la mise en scène (on pense à la fameuse première du Sacre du Printemps de Stravinsky, ou à celle de Déserts de Varèse). Mais si, aujourd’hui, un spectacle de musique savante peut se faire huer en cours d’exécution, il est très rare qu’il se fasse applaudir ou encourager pendant !

Cela n’a pourtant pas toujours été le cas… dans les représentations d’opéras en Italie au XIXe siècle par exemple, les usages étaient tout autres : les spectateurs pouvaient aller et venir, entrer et sortir (les plus riches avaient pour habitude d’arriver en retard), bavarder, les grands airs étaient applaudis, certains amenaient avec eux des tomates pourries ou des fleurs à lancer aux artistes… la manière d’écouter la musique et le cadre du spectacle n’ont cessé de changer à travers l’histoire, la perception de la fin n’est en aucun cas une notion fixe.

I heard it over the radio

Publié 5 mars 2009 par antonintri
Catégories : Non classé

J’ai assisté aujourd’hui à une conférence sur le thème des droits d’auteurs. Le maître de conférence évoquait le fait que les radios bafouaient très souvent l’intégrité des œuvres diffusées en coupant avant la fin, en parlant par dessus, ou en lançant le morceau suivant en fondu enchaîné.

On peut se poser la même question à propos des lecteur mp3 qui proposent des programmes permettant d’enchaîner les morceaux aléatoirement, souvent en fondu enchaîné. L’auditeur consomme ainsi chacun des morceaux sans pouvoir vraiment l’isoler formellement, et l’apprécier dans son entièreté, le silence étant supprimé. Ce fond musical permanent est sensé imiter le flot ininterrompu de musique qu’un DJ crée dans une boîte de nuit (j’évoquerai la musique des DJs dans un prochain billet) mais avec des morceaux s’enchaînant sans aucune logique autre que le hasard programmé. On trouve cette suppression du silence dans la radio (son ininterrompu) et la télévision (son et images ininterrompus). Les programmes télé ou radio sont sans fin…

Peut-on apprécier une œuvre sans le silence qui précède, et qui suit ? La célèbre citation de Sacha Guitry : «Quand on a entendu du Mozart, le silence qui suit est encore du Mozart.» que l’on sert à toutes les sauces, n’est pas anodine…

(je voulais mettre la fin du morceau « I heard it over the radio » d’Ornette Coleman, mais je n’y suis pas arrivé…)